Leading Voices : Accompagner efficacement les survivantes de violences basées sur le genre partout au Bénin

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Dr. Omer Adjibode

Ce mois-ci pour Leading Voices, nous sommes allés à la rencontre du docteur Omer Adjibode, conseiller pour les questions relatives aux violences basées sur le genre (VBG) pour le projet Integrated Health Services Activity (IHSA). IHSA est un projet financé par l’USAID dont l’objectif est de renforcer les capacités locales à offrir des services à fort impact dans les domaines du paludisme, du planning familial, de la santé maternelle et infantile et des violences basées sur le genre avec un engagement fort des citoyens, afin de réduire la mortalité et la morbidité maternelle, néonatale, infantile et des adolescentes.

Au sein de ce projet, Omer définit les stratégies d’amélioration de la prise en charge des survivantes de VBG. Dans ce numéro, il nous parle du centre intégré de prise en charge virtuel des violences basées sur le genre (CIPeC Virtuel VBG), une méthode innovante pour les survivantes de violences basées sur le genre au Bénin. La législation au Bénin dispose que les VBG comprennent toutes violences physiques, morales, sexuelles, psychologiques, l’excision, le mariage forcé ou arrangé, les crimes « d’honneur » et toutes autres pratiques néfastes pour les femmes.

Pouvez-vous nous parler de la lutte contre les VBG au Bénin : quelles sont les stratégies qui se révèlent efficaces et au contraire les domaines qui font face à certaines lacunes ?
La prise en charge des survivantes de VBG au Bénin se fait dans des CIPeC qui se trouvent dans trois communes (Cotonou, Parakou et Abomey). Ces centres ont la particularité d’apporter une prise en charge globale (médicale, psychologique et judiciaire) et gratuite aux personnes, en majorité des femmes, survivantes de VBG.

Cependant, toutes les survivantes n’ont pas accès à ces centres en raison notamment de l’éloignement géographique et se rendent soit dans des commissariats, soit dans des centres de promotion sociale (CPS, des complexes qui soutiennent le développement des communes) ou encore dans des formations sanitaires pour bénéficier d’une prise en charge qui, souvent, ne répond pas aux soins dont elles ont besoin comme la confidentialité totale des services et des conseils. Cette prise en charge partielle est également payante ce qui constitue un frein supplémentaire pour les survivantes afin de recevoir de l’aide.

Comment ces lacunes sont-elles surmontées ?
Pour résoudre ces problèmes et permettre un accès à toutes les survivantes, la direction de la Santé de la Mère et de l’Enfant (DSME), avec le soutien technique et financier d’IHSA, a développé un modèle pour offrir une prise en charge intégrée pour les survivantes dans les zones non couvertes par les trois CIPeC VBG existants. Testé comme pilote dans le département de l’Ouémé, IHSA a soutenu la DSME pour la création du « CIPeC virtuel VBG », un mécanisme de prise en charge qui repose sur les acteurs dans les formations sanitaires ordinaires. Ce modèle offre des services de prévention, de prise en charge médicale, de soutien psychologique et social qui sont pris en charge par des assistants sociaux ainsi qu’une prise en charge judiciaire par des officiers de police judiciaire tout en respectant les protocoles liés aux VBG comme la confidentialité.

Les services, identiques à ceux proposés dans les CIPeC VBG, sont offerts aux survivantes par un personnel formé par IHSA sur la gestion de cas de VBG en collaboration avec la direction départementale de la Santé de l’Ouémé, la direction départementale des Affaires sociales de l’Ouémé et la direction départementale de la police républicaine de l’Ouémé.

Pouvez-vous nous décrire le rôle d’IHSA ?
La DSME, avec l’appui technique d’IHSA, a tout d’abord développé une note conceptuelle décrivant l’approche et la méthodologie du CIPeC virtuel, note qui a été validée lors d’un atelier multipartite le 12 avril 2019. L’atelier a permis de mieux définir le concept d’un CIPeC virtuel et les étapes nécessaires pour sa mise en œuvre et d’obtenir l’adhésion des différents acteurs (agents de santé, assistants sociaux, agents de police judiciaire) impliqués dans la prise en charge des survivantes de VBG.

A la suite de cette étape de planification, des facilitateurs de la DSME ont organisé une formation des agents de santé et assistants sociaux formateurs dans le département de l’Ouémé sur ce modèle intégré de soutien pour les survivantes de VBG, pour en faire bénéficier l’ensemble des acteurs de santé et du service social dans chaque zone sanitaire par la suite. Ces derniers ont reçu une formation sur la façon d’utiliser les outils de collecte de données pour capturer des statistiques en lien avec les soins pour les survivantes de VBG et leur assurer la confidentialité. Ces formations ont reçu un accueil très positif. Sigrade Goudjo, une assistance sociale du CPS Sèmè-Podji, a ainsi indiqué que « le CIPeC Virtuel VBG est un moyen qui favorise la collaboration entre les acteurs existants et prend en compte objectivement la prise en charge des survivantes de VBG sur tous les plans. »

Quels ont été les premiers résultats ?
Les premiers résultats dans l’Ouémé ont été très encourageants. Au total, 48 assistants sociaux, 71 officiers et assistants de police judiciaire et 264 agents de santé dont 19 médecins, 106 sages-femmes et 139 infirmiers ont été formés dans le département de l’Ouémé entre les mois de juin et août 2019 sur les procédures opérationnelles standards (POS) de prise en charge des survivantes de VBG et ont montré une meilleure compréhension de ces POS.

Ce maillage a permis une mise en route rapide et performante des services. Dans la zone sanitaire Adjohoun-Bonou-Dangbo, il est ainsi possible d’avoir des statistiques mensuelles sur la prise en charge médicale des survivantes de violences selon le type de VBG, le sexe et la tranche d’âge.

Quelles sont les prochaines étapes prévues ?
A la suite de ces premiers résultats, la prochaine étape consiste à mettre en place un mécanisme de réinsertion professionnelle des survivantes de VBG à travers trois pistes. La première consiste à renforcer, sur le plan départemental, le système de secours national. L’Etat Béninois, à travers la direction départementale des Affaires sociales, met chaque année à la disposition des populations les plus vulnérables une aide financière qui se fait au cas par cas. Malheureusement, ce secours financier est souvent limité car il n’est pas spécifique aux violences basées sur le genre et les survivantes ne bénéficient en réalité que très peu de cette aide étatique (6,25% des bénéficiaires étaient des survivantes de VBG en 2018 dans le département de l’Ouémé).

La deuxième piste consiste à offrir aux survivantes la possibilité d’insertion dans des groupements ou associations professionnelles. Un répertoire de ces différents groupements a été déjà créé par les spécialistes en activités génératrices de revenus et les assistants sociaux des CPS. Ces groupements interviennent essentiellement dans la transformation du manioc, la transformation de la noix de palme en huile rouge ou encore la transformation de soja en fromage.

La dernière piste d’insertion professionnelle est un appui à l’exploration des opportunités dans le secteur privé pour les survivantes de VBG ayant les formations ou capacités requises.

L’objectif final du ministère de la Santé, auquel le projet IHSA apporte son soutien, est d’améliorer la prise en charge des survivantes de VBG. Le CIPeC virtuel est une solution efficace qui pourrait être généralisée dans tous les départements du pays afin de pouvoir garantir un suivi global des survivantes. Comme le résume le docteur Alabi Abdias, le médecin chef de la commune de Dangbo, « le CIPeC Virtuel VBG est un excellent moyen d’intégration de la prise en charge des survivantes de VBG dans les soins généraux de santé. C’est une solution bénéfique aussi bien pour les survivantes que pour l’Etat. »

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Management Sciences for Health helps leaders, health managers & communities build stronger health systems for greater health impact. More at www.msh.org

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